M. SAVINIEN Ismaël, l’un des premiers adhérents de votre Mutuelle

Lors des manifestations dédiées au 75ème anniversaire de la Mutuelle, nous
avons recueilli un témoignage tout à fait exceptionnel puisque nous avons
retrouvé l’un des dix premiers adhérents de la Mutuelle, M. Savinien Ismaël.

Agé aujourd’hui de 102 ans, M. Savinien Ismaël a gardé l’esprit vif et un humour à toute épreuve. il nous raconte les débuts de notre mutuelle.

Je suis né le 19 octobre 1906. J’avais 27 ans lorsque je suis rentré dans la future Mutuelle Mare-Gaillard.

Aujourd’hui, j’ai 102 ans et je suis toujours à Mare-Gaillard ! Pour rentrer dans la société, j’ai misé 10 sous comme les dix autres. Nous y sommes entrés à quatre : ma femme, mes deux enfants et moi-même.

Je me souviens que c‘était un dimanche dans la case d’Octavien Bertili. Je n’habitais pas très loin, à la digue Vieux Bertin. Ensuite, tous les dimanches on donnait dix sous.

Au départ, on avait installé la société dans une case qu’on nous avait prêtée
mais dans cette case il y avait un couple et ses enfants alors on a déplacé la
société chez Duverval Mayoute dit “Vaval”.

Ensuite “Vaval” a donné à la société un emplacement pour bâtir son siège et on a construit une maison haut et bas.

J’étais l’un des premiers membres de la société mais je n’ai jamais fait parti des responsables car je n’étais pas assez instruit.

Je n’ai même pas fait trois jours d’école ! Mon père a eu seize enfants avec ma mère.

Il n’en a mis aucun à l’école. Il n’en avait pas les moyens. Il fallait payer le
maître tous les mois, à raison de trois sous par jour de classe.

M. Mayoute Ensuite, la société a grandi, grandi et encore grandi. La première personne
que nous avons enterrée, nous avons donné à la famille 500 francs. Elle
n’avait pas d’argent pour faire l’enterrement. Il fallait transporter le mort à la main au bourg pour l’enterrement.

Il n’y avait pas de transport Transport Plusieurs types de transports peuvent être prescrits par un médecin en fonction de l’état de santé et du degré d’autonomie du patient.
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en commun pour eux. On faisait faire le cercueil sur place par un charpentier ou un ébéniste. Chacun donnait un coup de main. L’un amenait du bois. Un autre du rhum. Il fallait enterrer le mort rapidement car il n’avait alors aucun moyen de le conserver.

La société a continué à grandir. On payait les décès par rapport au nombre de morts. On appelait ça « payer à la tête de mort ». S’il y avait eu vingt morts avant ton décès ta famille touchait le total de l’argent versé par les vingt familles précédentes pour t’enterrer.

Chaque adhérent avait un carnet et payait dix centimes par tête. Sur ce principe, la société a grandi de bouche à oreille parce que c’était une des premières mutuelles de la Guadeloupe.

D’ailleurs, au départ, on ne parlait pas de « Mutuelle Mare-
Gaillard
 ». « Yo té kay aka Vaval. Yo té ka mandéw : eskè ou aka Vaval ? ».
La société n’a pas été créée à Mare-Gaillard mais sur le Morne Bernard.

Elle a été déplacée ensuite à Mare-Gaillard, le temps de construire le siège.

Les gens venaient payer à Mare-Gaillard et le nom est resté. D’ailleurs la route s’arrêtait devant le siège de la mutuelle Mare-Gaillard.

Les transports en commun ne pouvaient aller plus loin.

Tous les premiers dimanches du mois, il y avait un rassemblement des
sociétaires pour faire le point.

Le président disait : « nous avons enterré tant de morts et nous avons payé tant d’argent » puis on se retrouvait autour d’un repas.